Taille critique d’une bactérie aérobie

On étudie les conditions de survie d’une bactérie dans un lac de très grande taille à la température 𝑇0=297 K. Pour vivre, elle a besoin de consommer le dioxygène dissous dans l’eau au voisinage de sa surface.

La bactérie est modélisée par une boule de centre 𝑂 fixe, de rayon 𝑅, de masse volumique 𝜇 identique à celle de l’eau.

On se place en régime stationnaire et on note 𝑛(𝑟) la densité particulaire, exprimée en m−3, de O2 dissous à la distance 𝑟 de 𝑂 (𝑟>𝑅). La diffusion de O2 obéit à la loi de Fick avec un coefficient de diffusion de 𝐷=2⋅10−9 USI. Loin de la bactérie, la concentration molaire volumique de O2 dissous dans le lac vaut 𝑐0=2,6⋅10−4 mol L−1 (c’est la solubilité du dioxygène dans l’eau douce à cette température).

La consommation en O2 de la bactérie est proportionnelle à sa masse. On introduit le taux horaire de consommation de O2 par unité de masse, noté 𝑎 et mesuré en mol kg−1 ⁠s−1.

1/ Rappeler la loi de Fick reliant le vecteur densité de courant particulaire 𝑗⃗=𝑗(𝑟)𝑒⃗𝑟 à la densité particulaire 𝑛(𝑟).

Corrigé
La loi de Fick s’écrit 𝑗⃗=−𝐷grad⃗𝑛.

2/ Quelle est l’unité de 𝐷 ?

Corrigé
L’unité de 𝐷 est m2 s−1.

3/ Établir l’équation de diffusion de particules en coordonnées sphériques.

Coup de pouce 1
Faire un bilan de particules sur un volume infinitésimal ou sur une boule creuse d’épaisseur infinitésimale.
Corrigé

On fait un bilan de particules sur une coquille sphérique comprise entre 𝑟 et 𝑟+d𝑟, de volume d𝑉=4𝜋𝑟2d𝑟, entre 𝑡 et 𝑡+d𝑡. En l’absence de terme source,

𝜕𝑛𝜕𝑡d𝑉d𝑡=(𝑗(𝑟)4𝜋𝑟2−𝑗(𝑟+d𝑟)4𝜋(𝑟+d𝑟)2)d𝑡=−4𝜋𝜕𝜕𝑟(𝑟2𝑗(𝑟))d𝑟d𝑡

En divisant par d𝑉d𝑡=4𝜋𝑟2d𝑟d𝑡,

𝜕𝑛𝜕𝑡=−1𝑟2𝜕𝜕𝑟(𝑟2𝑗(𝑟))

La loi de Fick 𝑗=−𝐷𝜕𝑛𝜕𝑟 donne alors l’équation de diffusion

𝜕𝑛𝜕𝑡=𝐷𝑟2𝜕𝜕𝑟(𝑟2𝜕𝑛𝜕𝑟)

4/ Exprimer Φ, le nombre de molécules de O2 qui traversent par unité de temps une sphère de rayon 𝑟 (𝑟>𝑅) en fonction de 𝑗(𝑟) et de 𝑟. Justifier que Φ ne dépend pas du rayon 𝑟 de la sphère considérée.

Corrigé
Le flux particulaire est Φ=4𝜋𝑟2𝑗(𝑟). En régime stationnaire et en l’absence de terme source, le vecteur densité de courant de particules est à flux conservatif, donc Φ est le même sur toute sphère de rayon 𝑟>𝑅.

5/ Déterminer l’expression de la densité particulaire 𝑛(𝑟) en O2 dissous dans l’eau. On exprimera les deux constantes d’intégration en fonction de 𝐷, Φ, 𝒩︀𝑎 et 𝑐0. En déduire la densité particulaire 𝑛𝑅 en surface de la bactérie, en 𝑟=𝑅.

Coup de pouce 1
Insérer la loi de Fick dans l’équation obtenue à la question précédente.
Coup de pouce 2
Déterminer les constantes en utilisant la densité particulaire à l’infini et le flux particulaire.
Corrigé
Φ=4𝜋𝑟2𝑗(𝑟)=−4𝜋𝑟2𝐷d𝑛d𝑟

Soit

d𝑛d𝑟=−Φ4𝜋𝐷1𝑟2

En primitivant, on obtient

𝑛(𝑟)=Φ4𝜋𝐷1𝑟+𝐶

Avec la condition à l’infini 𝑛(𝑟→+∞)=𝑐0𝒩︀𝑎, on trouve 𝐶=𝑐0𝒩︀𝑎. Donc

𝑛(𝑟)=Φ4𝜋𝐷1𝑟+𝑐0𝒩︀𝑎

En 𝑟=𝑅, on a donc

𝑛𝑅=𝑛(𝑅)=Φ4𝜋𝐷1𝑅+𝑐0𝒩︀𝑎

6/ En étudiant la consommation en O2 de la bactérie pendant une durée d𝑡, exprimer Φ en fonction de 𝑎, 𝒩︀𝑎, de la masse volumique 𝜇 de la bactérie et de son rayon 𝑅.

Coup de pouce 1
La consommation de O2 de la bactérie est le flux particulaire d’O2 arrivant à la bactérie.
Corrigé

La masse de la bactérie est 𝑚=43𝜋𝑅3𝜇. Le nombre de molécules de O2 consommées pendant une durée d𝑡 est donc 𝑎𝑚d𝑡𝒩︀𝑎=𝑎43𝜋𝑅3𝜇d𝑡𝒩︀𝑎. En régime stationnaire, le dioxygène consommé par la bactérie est égal au dioxygène arrivant à elle. Donc le flux particulaire est

Φ=−43𝑎𝜋𝑅3𝜇𝒩︀𝑎

7/ En déduire l’expression de 𝑛𝑅. Comment varie 𝑛𝑅 en fonction de 𝑅 ?

Corrigé

En remplaçant Φ dans l’expression de 𝑛𝑅, on obtient

𝑛𝑅=−43𝑎𝜋𝑅3𝜇𝒩︀𝑎4𝜋𝐷1𝑅+𝑐0𝒩︀𝑎=−𝑎𝑅2𝜇𝒩︀𝑎3𝐷+𝑐0𝒩︀𝑎

Donc 𝑛𝑅 décroit quand 𝑅 augmente.

8/ Quelle inégalité doit vérifier 𝑛𝑅 pour que la bactérie ne suffoque pas ? En déduire l’expression du rayon critique 𝑅𝑐 d’une bactérie aérobie. Effectuer l’application pour 𝑎=1⋅10−3 mol kg−1 ⁠s−1 et sachant que la bactérie a une masse volumique comparable à celle de l’eau. Comparer ce résultat à la dimension caractéristique 𝑅=1 à 10 µm d’une bactérie réelle.

Coup de pouce 1
La densité particulaire ne peut pas être négative.
Corrigé

Pour que la bactérie ne suffoque pas, il faut que 𝑛𝑅>0. Donc

−𝑎𝑅2𝜇𝒩︀𝑎3𝐷+𝑐0𝒩︀𝑎>0

Soit

𝑅2<3𝐷𝑐0𝑎𝜇

Donc le rayon critique est

𝑅𝑐=3𝐷𝑐0𝑎𝜇=3,9⋅10−5 m

Les bactéries réelles, de rayon 1 à 10⁠ ⁠µm, sont bien en dessous de ce rayon critique, mais d’un facteur 4 à 40 seulement : c’est l’approvisionnement en dioxygène qui limite la taille des bactéries aérobies.