Désintégration de l’uranium 235 ★★

On étudie une boule de rayon 𝑅 constituée d’uranium 235.

L’uranium 235 n’a pas un noyau stable, celui-ci peut se fissionner en “captant” un neutron selon la réaction nucléaire

92235U + 1 neutron → X + Y + 𝜈 neutrons

où X et Y sont deux noyaux plus légers. La valeur moyenne de 𝜈 est 2,5. Le nombre de réactions par unité de temps et de volume vaut 𝑛𝜏.

On se place en coordonnées sphériques, note 𝑛(𝑟,𝑡) le nombre de neutrons par unité de volume et 𝑗⃗(𝑟,𝑡) le vecteur densité de courant de neutrons.

On donne, en sphériques, pour des grandeurs ne dépendant que de 𝑟 et de 𝑡 :

On prend pour condition aux limites 𝑛(𝑟=𝑅)=0.

1/ En faisant un bilan de neutrons sur un volume mésoscopique, démontrer l’équation fondamentale de la neutronique :

𝜕𝑛𝜕𝑡=−div 𝑗⃗+𝜈−1𝜏𝑛
Coup de pouce 1
Combien de neutrons sont captés durant d𝑡 dans le volume considéré ? Combien sont émis ?
Corrigé

On fait un bilan de neutrons sur une coquille sphérique de rayon intérieur 𝑟 et d’épaisseur d𝑟. d2𝑁=𝛿2𝑁

d2𝑁=𝜕𝑛𝜕𝑡d𝑉d𝑡

À chaque fois que la réaction se produit, 𝜈 neutrons sont émis et un neutron est capté, donc 𝜈−1 neutrons supplémentaires apparaissent. Le nombre de réactions dans le volume élémentaire durant d𝑡 est 𝑛𝜏d𝑉d𝑡. Donc

𝛿2𝑁=𝜈−1𝜏𝑛d𝑉d𝑡+(𝑗(𝑟)4𝜋𝑟2−𝑗(𝑟+d𝑟)4𝜋(𝑟+d𝑟)2)d𝑡=𝜈−1𝜏𝑛d𝑉d𝑡−4𝜋𝜕𝜕𝑟(𝑟2𝑗(𝑟))d𝑟d𝑡

Or d𝑉=4𝜋𝑟2d𝑟, donc en divisant par d𝑉d𝑡 on trouve l’équation

𝜕𝑛𝜕𝑡=𝜈−1𝜏𝑛−1𝑟2𝜕𝜕𝑟(𝑟2𝑗(𝑟))=−div 𝑗⃗+𝜈−1𝜏𝑛

2/ On recherche une solution de l’équation ci-dessus sous la forme 𝑛(𝑟,𝑡)=𝑓(𝑡)𝑔(𝑟)𝑟. Montrer que 𝑓 et 𝑔 vérifient les équations différentielles suivantes :

d𝑓d𝑡=𝐾𝑓(𝑡)𝐷d2𝑔d𝑟2+(𝜈−1𝜏−𝐾)𝑔(𝑟)=0

où 𝐾 est une constante qu’on ne cherchera pas à déterminer pour l’instant.

Coup de pouce 1
Il faut procéder par séparation des variables.
Coup de pouce 2
Remplacer 𝑗 par la loi de Fick dans l’équation obtenue précédemment.
Corrigé

La loi de Fick donne 𝑗⃗=−𝐷grad⃗𝑛=−𝐷𝜕𝑛𝜕𝑟𝑒⃗𝑟=−𝐷𝑓(𝑡)𝜕𝜕𝑟(𝑔(𝑟)𝑟), avec 𝐷 la diffusivité des neutrons dans l’uranium 235. En remplaçant dans l’équation, on trouve

𝑔(𝑟)𝑟d𝑓d𝑡=𝐷𝑓(𝑡)1𝑟2dd𝑟(𝑟2d𝑔(𝑟)𝑟d𝑟)+𝜈−1𝜏𝑓(𝑡)𝑔(𝑟)𝑟𝑔(𝑟)𝑟d𝑓d𝑡=𝐷𝑓(𝑡)1𝑟2dd𝑟(𝑟21𝑟d𝑔d𝑟−𝑟2𝑟2𝑔(𝑟))+𝜈−1𝜏𝑓(𝑡)𝑔(𝑟)𝑟𝑔(𝑟)𝑟d𝑓d𝑡=𝐷𝑓(𝑡)1𝑟2(𝑟d2𝑔d𝑟2+d𝑔d𝑟−d𝑔d𝑟)+𝜈−1𝜏𝑓(𝑡)𝑔(𝑟)𝑟

On sépare les variables :

1𝑓(𝑡)d𝑓d𝑡=𝐷1𝑔(𝑟)d2𝑔d𝑟2+𝜈−1𝜏

Le terme de gauche ne dépend pas de 𝑟, donc le terme de droite non plus (car ils sont égaux).

Le terme de droite ne dépend pas de 𝑡, donc le terme de gauche non plus (car ils sont égaux).

Il en résulte que les deux termes sont égaux à une constante que l’on note 𝐾.

On obtient ainsi les deux équations différentielles :

d𝑓d𝑡=𝐾𝑓(𝑡)𝐷d2𝑔d𝑟2+(𝜈−1𝜏−𝐾)𝑔(𝑟)=0

3/ Quelles sont les différentes formes de solution pour 𝑔(𝑟) ? Lesquelles sont compatibles avec les conditions aux limites ? Résoudre l’équation différentielle sur 𝑔(𝑟).

Coup de pouce 1
Distinguer les cas sur le discriminant et utiliser les conditions aux limites pour trouver les constantes.
Coup de pouce 2
La densité particulaire est une grandeur positive et finie.
Corrigé

Le discriminant de l’équation caractéristique est

Δ=02−4𝐷(𝜈−1𝜏−𝐾)=−4𝐷(𝜈−1𝜏−𝐾)
  • Si Δ>0, c’est-à-dire si 𝐾>𝜈−1𝜏, les solutions sont de la forme
𝑔(𝑟)=𝐴exp(𝑟𝐾−𝜈−1𝜏𝐷)+𝐵exp(−𝑟𝐾−𝜈−1𝜏𝐷)

En notant 𝜅=𝐾−𝜈−1𝜏𝐷, la condition 𝑛(𝑅)=0 impose 𝑔(𝑅)=0, soit 𝐴𝑒𝜅𝑅+𝐵𝑒−𝜅𝑅=0. Comme 𝑛=𝑓𝑔/𝑟, il faut de plus que 𝑔(0)=0 pour que la densité reste finie en 𝑟=0, soit 𝐴+𝐵=0. Le système impose alors 𝐴(𝑒𝜅𝑅−𝑒−𝜅𝑅)=0, donc 𝐴=𝐵=0 : la seule solution est la solution triviale.

  • Si Δ=0, c’est-à-dire si 𝐾=𝜈−1𝜏, les solutions sont de la forme 𝑔(𝑟)=𝐴+𝐵𝑟. La condition 𝑔(0)=0 impose 𝐴=0, puis 𝑔(𝑅)=0 impose 𝐵=0. La seule solution est la solution triviale.
  • Si Δ<0, c’est-à-dire si 𝐾<𝜈−1𝜏, les solutions sont de la forme 𝑔(𝑟)=𝐴cos(𝑟𝜈−1𝜏−𝐾𝐷)+𝐵sin(𝑟𝜈−1𝜏−𝐾𝐷). La condition 𝑔(0)=0 impose 𝐴=0. La condition 𝑔(𝑅)=0 impose alors 𝐵sin(𝑅𝜈−1𝜏−𝐾𝐷)=0. Pour une solution non triviale, il faut que sin(𝑅𝜈−1𝜏−𝐾𝐷)=0, donc 𝑅𝜈−1𝜏−𝐾𝐷=𝑘𝜋 avec 𝑘∈ℕ∗. Les valeurs de 𝑘 différentes de 1 donnent lieu à des densités particulaires négatives, donc à écarter.

On en déduit finalement que la seule solution non triviale est obtenue pour 𝑘=1 :

𝑔(𝑟)=𝐵sin(𝜋𝑟𝑅)

avec

𝑅𝜈−1𝜏−𝐾𝐷=𝜋𝜈−1𝜏−𝐾𝐷=(𝜋𝑅)2𝐾=𝜈−1𝜏−𝐷(𝜋𝑅)2

4/ Quelle est la forme de la solution de l’équation sur 𝑓(𝑡) ?

Corrigé

L’équation différentielle sur 𝑓(𝑡) est d𝑓d𝑡=𝐾𝑓(𝑡). La solution est

𝑓(𝑡)=𝑓(0)exp(𝐾𝑡)

5/ Sous quelle condition sur le rayon la réaction s’emballe-t-elle ?

Coup de pouce 1
À quelle condition la densité particulaire croît-elle exponentiellement avec le temps ?
Corrigé

La réaction s’emballe lorsque la densité particulaire croît exponentiellement avec le temps, c’est-à-dire lorsque 𝐾>0, c’est-à-dire lorsque

𝜈−1𝜏−𝐷(𝜋𝑅)2>0⇔𝜈−1𝜏>𝐷(𝜋𝑅)2⇔𝑅2>𝐷𝜏𝜋2𝜈−1⇔𝑅>𝜋𝐷𝜏𝜈−1

6/ En déduire la masse critique d’uranium 235 nécessaire pour qu’une réaction en chaîne puisse se produire. La masse volumique de l’uranium 235 est 19,1⁠ ⁠g cm−3, le coefficient de diffusion des neutrons dans l’uranium 235 est 2⋅105⁠ ⁠m2 s−1 et le temps moyen avant capture d’un neutron est 5,4⋅10−9⁠ ⁠s.

Corrigé
𝑚𝑐=𝜇43𝜋𝑅𝑐3=𝜇43𝜋(𝜋𝐷𝜏𝜈−1)3=4,8⋅101 kg