🖥️ Couplage thermocinétique ★

Notebook Capytale de cet exercice : 0085-11678472

Le peroxyde de ditertiobutyle (DTBP) est utilisé comme amorceur radicalaire lors des réactions de polymérisation. Il se décompose selon la réaction chimique

(CH3)3COOC(CH3)3→2 (CH3)3CO•

Cette décomposition est exothermique avec une enthalpie de réaction Δ𝑟𝐻∘=−150 kJ mol−1. Elle a une loi de vitesse d’ordre 1 avec une constante de vitesse 𝑘 qui suit la loi d’Arrhenius 𝑘=𝐴exp(−𝐸𝑎𝑅𝑇).

On observe ainsi un couplage thermocinétique : la réaction dégage de la chaleur, ce qui augmente la température du système, ce qui accélère la réaction. On cherche à modéliser ce couplage dans un réacteur continu parfaitement agité (RPAC) de volume 𝑉=520 mL.

On se place dans l’approximation d’Ellingham.

La réaction est maintenue à une température 𝑇 identique à la température d’entrée grâce à un échangeur thermique dans lequel circule un fluide caloporteur à la température 𝑇0. La puissance thermique fournie par le réacteur au fluide caloporteur est donnée par la loi de Newton : 𝑃th=ℎ𝑆(𝑇−𝑇0), avec ℎ=100 W m−2 ⁠K−1 et 𝑆=40 cm2. Le fluide caloporteur est à 𝑇0=300 K et la concentration de DTBP en entrée vaut 1,0 mol L−1.

Attention : 𝑃th désigne ici la puissance fournie par le réacteur, opposée à celle du cours.

1/ Montrer que 𝑃th vérifie l’équation

𝑃th=−𝐷𝑉𝑋[DTBP]𝑒Δ𝑟𝐻∘
Coup de pouce 1
La démonstration a été faite en cours dans le cas général.
Coup de pouce 2
L’énoncé indique que la transformation est isotherme.
Corrigé
Il s’agit de la démonstration du cours, dans le cas particulier où 𝑇𝑒=𝑇𝑠 : la puissance reçue par le réacteur vaut Δ𝑟𝐻∘[DTBP]𝑒𝑋𝐷𝑉, puisque 𝜈DTBP=−1. La puissance fournie au caloporteur en est l’opposée, d’où le résultat — positive, la réaction étant exothermique.

2/ Montrer que le taux de conversion 𝑋 s’écrit

𝑋=𝑘𝜏1+𝑘𝜏

où 𝜏=𝑉𝐷𝑉 est le temps de passage dans le réacteur.

Coup de pouce 1
Faire un bilan de matière sur DTBP.
Coup de pouce 2
Exprimer la concentration de DTBP à la sortie du réacteur en fonction du taux de conversion 𝑋 et de la concentration à l’entrée.
Corrigé

Le bilan de matière dans un RPAC en régime stationnaire s’écrit

𝐷𝑉([DTBP]𝑒−[DTBP]𝑠)+𝑅DTBP𝑉=0

avec [DTBP]𝑠=(1−𝑋)[DTBP]𝑒 et 𝑅DTBP=−𝑟=−𝑘[DTBP]𝑠 car la réaction est d’ordre 1 de constante de vitesse 𝑘. On en déduit

𝐷𝑉𝑋[DTBP]𝑒=𝑘(1−𝑋)[DTBP]𝑒𝑉

d’où

𝑋=𝑘(1−𝑋)𝑉𝐷𝑉=𝑘(1−𝑋)𝜏𝑋(1+𝑘𝜏)=𝑘𝜏

d’où le résultat

𝑋=𝑘𝜏1+𝑘𝜏

3/ Écrire une fonction Python X(T, tau) qui calcule le taux de conversion en fonction de la température 𝑇 du réacteur et du temps de passage tau, en utilisant les données numériques suivantes :

  • 𝐴=1⋅1015 s−1
  • 𝐸𝑎=157⋅103 J mol−1
  • 𝑅=8,314 J K−1 ⁠mol−1

Tracer la fonction 𝑋(𝑇) pour 𝑇 variant de 250⁠ ⁠K à 600⁠ ⁠K avec un temps de passage fixé à 600⁠ ⁠s.

Corrigé
import numpy as np

def X(T, tau):
    A = 1e15  # /s
    E_a = 157e3  # J/mol
    R = 8.314  # J/K/mol

    k = A * np.exp(-E_a / (R * T))
    return (k * tau) / (1 + k * tau)

T = np.linspace(250, 600, 100)  # K
import matplotlib.pyplot as plt
plt.plot(T, X(T, 600))
plt.xlabel("Température (K)")
plt.ylabel("Taux de conversion X")
plt.show()

4/ Tracer en fonction de 𝑇 les deux expressions de 𝑃th à l’aide de Python pour 𝜏=1200 s puis pour 𝜏=800 s. Combien de points de fonctionnement a-t-on dans chacun des cas ? Discuter la stabilité de ces points de fonctionnement dans le dernier cas 𝜏=800 s.

Coup de pouce 1
Les deux expressions de 𝑃th doivent être égales au point de fonctionnement.
Coup de pouce 2
Pour discuter la stabilité, imaginer ce qui se passerait si la température augmentait légèrement.
Corrigé
h = 100      # W/m^2/K
S = 4.0e-3   # m^2, surface du serpentin d'échange
T0 = 300     # K
V = 520e-6   # m^3
c0 = 1.0e3   # mol/m^3, concentration de DTBP en entrée
DrH = -150e3 # J/mol

def P1(T):
    return h * S * ( T - T0 )

def P2(T, tau):
    Dv = V / tau
    return -Dv * X(T, tau) * c0 * DrH

plt.plot(T, P1(T), label="Puissance échangée avec l'extérieur")
plt.plot(T, P2(T, 1200), label="Puissance thermique fournie par le réacteur")
plt.xlabel("Température (K)")
plt.ylabel("Puissance (W)")
plt.legend()
plt.show()

Pour 𝜏=1200 s, il y a un seul point pour lequel ces puissances sont égales, donc un seul point de fonctionnement possible.

Pour 𝜏=800 s, il y a trois points d’intersection, donc trois points de fonctionnement possibles.

On s’intéresse pour commencer au point de fonctionnement à basse température. Si la température augmente légèrement, la puissance fournie au circuit de refroidissement augmente et la puissance fournie par la réaction n’augmente quasiment pas. Ainsi la température diminue de nouveau : ce point est stable.

Pour le point de fonctionnement intermédiaire, si la température augmente légèrement, la puissance fournie au circuit de refroidissement augmente un peu mais la puissance fournie par la réaction augmente beaucoup plus. Ainsi la température continue d’augmenter : ce point est instable.

Pour le point de fonctionnement à haute température, si la température augmente légèrement, la puissance fournie au circuit de refroidissement augmente et la puissance fournie par la réaction n’augmente quasiment pas. Ainsi la température diminue de nouveau : ce point est stable.