Corrosion du zinc ★★★

On considère 1 L d’eau désaérée par barbotage d’argon (O2 dissous chassé), à pH=6.0, à 𝑇=298 K. On y introduit une tôle en acier électro-zingué (acier recouvert de zinc). On admet [Zn2+]=1⋅10−6 mol L−1 (seuil de corrosion). Les pressions des gaz valent 1 bar.

Données : 𝐸∘(Zn2+/Zn)=−0,76 V, 𝐸∘(Fe2+/Fe)=−0,44 V, 𝐸∘(O2/H2O)=1,23 V. Surtensions cathodiques (à vide) de dégagement de H2 : −0,75 V sur Zn, −0,25 V sur Fe. On prend (𝑅𝑇/ℱ︀)ln10≈0,06 V.

1/ À pH=6.0, calculer les potentiels d’équilibre des couples H+/H2, O2/H2O et Zn2+/Zn.

Coup de pouce 1
Écrire la relation de Nernst pour chaque couple.
Corrigé
𝐸(H+/H2)=0−0.06pH=−0,36 V𝐸(O2/H2O)=1.23−0.06pH=0,87 V𝐸(Zn2+/Zn)=−0.76+0.03log[Zn2+]=−0.76−0.18=−0,94 V

2/ Écrire la réaction qui peut a priori être observée.

Coup de pouce 1
Faire une échelle de potentiels.
Corrigé

L’eau étant désaérée, le seul oxydant disponible est H+ (−0,36 V), situé au-dessus de Zn (−0,94 V) sur l’échelle :

Zn+2H+→Zn2++H2

3/ En fait, aucun dégagement gazeux n’est observé. L’expliquer en calculant le potentiel de début de dégagement gazeux. Tracer l’allure de la courbe 𝑖–𝐸. Dans quel domaine se situe le potentiel de la tôle ?

Coup de pouce 1
Combiner potentiel d’équilibre et surtension pour le potentiel de début de réaction.
Coup de pouce 2
Dans quel domaine y a-t-il égalité des courants anodique et cathodique ?
Corrigé

Sur le zinc, le dégagement de H2 ne débute qu’à

𝐸(H+/H2)+𝜂𝑐=−0.36−0.75=−1,11 V

L’oxydation du zinc débute quant à elle à 𝐸(Zn2+/Zn)=−0,94 V.

Ces deux branches ne se recouvrent pas : l’oxydation exige 𝐸>−0,94 V, la réduction de H+ exige 𝐸<−1,11 V. Entre les deux, le courant est négligeable. La corrosion est donc quasi nulle : pas de dégagement gazeux. Le potentiel de la tôle se situe dans l’intervalle [−1.11;−0.94] V, où 𝑖≈0. (De plus, à pH=6, H+ est très dilué : sa réduction est en outre limitée par un palier de diffusion très bas.)

4/ La tôle est rayée, l’acier est mis à nu au fond de la rayure. Déterminer le potentiel du couple Fe2+/Fe (concentrations solubles 1⋅10−6 mol L−1).

Coup de pouce 1
Relation de Nernst.
Corrigé
𝐸(Fe2+/Fe)=−0.44+0.03log[Fe2+]=−0.44−0.18=−0,62 V

5/ Représenter l’allure des courbes 𝑖–𝐸 des couples Fe2+/Fe, Zn2+/Zn et du dégagement de H2 sur Fe et sur Zn. Écrire les réactions au voisinage de la rayure en identifiant anode et cathode. Expliquer pourquoi le zinc évite l’oxydation du fer.

Coup de pouce 1
Superposer les courbes 𝑖–𝐸 sur Fe et sur Zn.
Coup de pouce 2
Quel unique potentiel vérifie l’égalité des courants anodique et cathodique ? Quelles réactions s’y produisent ?
Corrigé

Fer et zinc étant électriquement reliés, ils se portent à un même potentiel mixte 𝐸𝑚 tel que le courant anodique total égale le courant cathodique total.

Potentiels : 𝐸(Zn2+/Zn)=−0,94 V, 𝐸(Fe2+/Fe)=−0,62 V. Le dégagement de H2 débute à −1,11 V sur Zn et à −0.36−0.25=−0,61 V sur Fe.

Le zinc, plus réducteur, s’oxyde préférentiellement : Zn→Zn2++2𝑒− (anode sacrificielle). Les électrons libérés servent à la réduction 2H++2𝑒−→H2, qui se produit sur le fer (surtension de H2 plus faible sur Fe) : le fer est la cathode. L’équilibre des courants place donc 𝐸𝑚 entre −0,94 V (début de l’oxydation du zinc) et −0,61 V (début du dégagement de H2 sur le fer). À pH=6 la réduction de H+ est limitée par un palier de diffusion très bas, ce qui cale 𝐸𝑚 tout près de −0,94 V : on a bien 𝐸𝑚<𝐸(Fe2+/Fe)=−0,62 V, donc le fer ne peut pas s’oxyder. Il est protégé tant qu’il reste du zinc.