On s’intéresse à une conduite présentant un élargissement brutal, comme le montre la figure ci-dessous. L’écoulement est homogène, incompressible et le régime est stationnaire.
On suppose l’écoulement turbulent. Les lignes de courant représentées sont des courbes moyennes. Pour simplifier les calculs, on considère le champ de vitesse uniforme dans la section d’entrée .
Bien que le changement de section soit brutal, la section effective de l’écoulement varie lentement. Expérimentalement, on observe que l’écoulement devient quasiment uniforme au-delà d’une distance d’environ vingt fois le diamètre de la grande section.
On note la vitesse en amont de l’écoulement et la vitesse en aval.
La zone d’“eau morte” symbolisée sur le schéma par une zone grise est une zone de recirculation où il y a dissipation d’énergie mécanique. C’est elle qui est responsable de la perte de charge. La norme du champ des vitesses y est partout assez faible par rapport aux valeurs prises dans l’écoulement proprement dit. L’eau y est au repos sur une large épaisseur au contact des parois.
On néglige l’influence de la gravité.
1/ Expliquer pourquoi la pression vaut dans la partie gauche de la zone d’eau morte, au contact de l’élargissement vertical.
On considère la ligne de courant la plus haute.
En appliquant le théorème de Bernoulli entre les points et , on obtient
Or, le débit volumique se conserve (écoulement incompressible et homogène) d’où donc , ce qui donne
On peut de plus remarquer que cette pression est uniforme dans la zone d’eau morte car l’équation fondamentale de l’hydrostatique s’écrit
car les effets de la pesanteur sont négligés. On en déduit que dans toute la zone d’eau morte.
2/ Au moyen d’un bilan de quantité de mouvement sur un système fermé bien choisi, exprimer la chute de pression entre l’amont et l’aval en fonction de , et des sections.
D’après la question précédente, la pression vaut dans toute la zone d’eau morte : la pression s’exerce donc bien sur toute la section de la face amont, et non sur la seule section .
On définit les systèmes suivants :
est donc composé, à l’instant , de .
On applique le théorème de la quantité de mouvement au système fermé entre les instants et .
Or, en régime stationnaire,
La conservation du débit volumique donne donc . On en déduit
d’où
3/ En déduire le coefficient de récupération de pression défini par . Effectuer l’application numérique pour .
4/ La pression statique augmente donc à la traversée de l’élargissement. Où est alors la perte de charge ? En déduire le coefficient de perte de charge singulière , défini sur la chute de pression totale, et faire l’application numérique.
La charge est la pression totale. Sa variation vaut
Elle est bien négative : la pression statique augmente, mais l’énergie cinétique perdue est plus grande encore, et la différence est dissipée dans la zone d’eau morte. D’où le coefficient de perte de charge, dit de Borda–Carnot,